
La dette américaine : vers une nouvelle crise comme en 2008 ?
En janvier 2025, 6,6% des Américains ayant contracté un prêt automobile à risque (subprime) ne parvenaient plus à rembourser leurs mensualités, un record qui dépasse le pic de 6,3% de 2009. Aussi, la dette des cartes de crédit a atteint 1 210 milliards de dollars, alimentée par le fait qu’un Américain sur dix (10,75%) ne paie chaque mois que le minimum dû, et laisse donc ses intérêts grimper.
Ces chiffres inquiètent et rappellent de manière troublante la crise financière de 2008. Mais aujourd’hui, le scénario est encore plus complexe. Le risque est accentué par l’apparition de nouveaux instruments financiers. Les solutions comme “Buy Now, Pay Later” (BNPL) et les avances sur salaire (EWA) ont la cote, mais ils exposent davantage les ménages américains.
Si la situation continue à se détériorer, les banques américaines pourraient limiter les prêts internationaux, ce qui provoquerait un ralentissement économique mondial. Évidemment, la France ne serait pas épargnée… Entre exportations touchées, investissements américains freinés et volatilité accrue des marchés financiers, les risques sont sérieux.

Sommaire
Dettes invisibles, danger réel ?
Aux États-Unis, une nouvelle forme de dette s’installe à grande vitesse. Les services de paiement en plusieurs fois (BNPL) et l’accès anticipé au salaire (EWA) séduisent des millions d’Américains.
BNPL : le crédit fractionné qui piège les ménages

Le BNPL (Buy Now, Pay Later) permet d’acheter un produit tout de suite et de le payer plus tard, souvent en plusieurs fois et sans frais immédiats.
Le système, censé faciliter l’accès à la consommation, finit par creuser le déficit des ménages à cause des dettes qui s’accumulent. L’exemple le plus frappant est celui des dépenses alimentaires : un quart des usagers utilise le BNPL pour se nourrir. Ce n’est plus un outil pour s’offrir le dernier smartphone à la mode, mais un signal inquiétant de fragilité économique…
En 2025, ce service est même devenu une habitude de consommation puisque plus de la moitié des Américains l’utilisent. Parmi eux, une majorité présente déjà un score de crédit* jugé risqué, et une part importante accumule des retards de paiement.
Pire encore, les bureaux de crédit ne sont pas forcément informés. Autrement dit, les scores semblent “moins mauvais” qu’ils ne le sont réellement. Les ménages fragiles apparaissent stables, alors que leur endettement explose !
*Aux États-Unis, le score de crédit évalue la solvabilité d’un individu et mesure la probabilité qu’il rembourse ses dettes. Plus le score est élevé, plus emprunter à des taux intéressants est facile. À l’inverse, un score faible (moins de 600) restreint l’accès aux crédits traditionnels, poussant souvent les consommateurs vers des solutions plus souples, mais plus risquées, comme le BNPL.
EWA : une avance qui fragilise les salaires
L’EWA (Earned Wage Access) fonctionne différemment, mais engendre des risques similaires. Ce service permet de toucher une partie de son salaire avant le jour de paie.
Pour beaucoup, c’est une bouffée d’air frais quand une dépense imprévue tombe. Mais ce mécanisme crée un véritable cercle vicieux : l’argent reçu en avance manque à la fin du mois, obligeant à demander une nouvelle avance, paie après paie…
En 2025, plus de 7 millions d’Américains l’ont utilisé, pour un total de 22 milliards de dollars avancés. Là encore, ces transactions échappent aux radars du crédit officiel.
Qui sont les grands gagnants de cette nouvelle crise ?
Derrière ces crédits à la consommation et avances sur salaire, certains acteurs engrangent des bénéfices astronomiques. Ils exploitent la fragilité financière des ménages et l’érigent en modèle économique.
Klarna : la croissance avant tout
Klarna est une société suédoise spécialisée dans le BNPL. Grâce à des partenariats avec des géants du commerce en ligne comme Amazon, Sephora ou Nike, l’entreprise a vu sa popularité exploser aux États-Unis. En 2025, elle compte plus de 47,2 millions d’utilisateurs américains, une croissance de 7,5% par rapport à 2024.
L’entreprise prépare même son introduction en bourse ! Et ce, malgré une hausse de 17% de ses pertes sur crédits. Ses clients accumulent des dettes qu’ils peinent à rembourser. Pendant ce temps, Klarna continue de générer des profits grâce aux frais et pénalités.
La logique est presque sadique : multiplier les utilisateurs, même ceux à risque, et compter sur les frais pour compenser les impayés. Chaque retard de paiement renforce ainsi le profit de l’entreprise.
DailyPay : vendre les salaires du futur
DailyPay a créé un produit encore plus inquiétant. L’entreprise américaine paie en avance votre salaire, en échange de frais de 3,49 $. Ces revenus futurs sont ensuite transformés en obligations financières revendues aux investisseurs. Autrement dit, les salaires deviennent une matière première cotée.
Les utilisateurs sont donc pris au piège dans ce système. Si le premier retrait en avance semble être une solution à l’instant T, il réduit le montant du prochain salaire et incite à recommencer le mois suivant.
DailyPay a d’ailleurs été attaqué en justice par l’État de New York pour avoir masqué des coûts réels équivalents à des taux d’intérêt allant jusqu’à 750%…
Des taux d’intérêt qui ciblent les plus fragiles

Aux États-Unis, les cartes de crédit affichent en moyenne un taux d’intérêt de 21,76%.La situation est telle que certains consommateurs ne parviennent à rembourser que les intérêts, sans toucher au montant emprunté initialement. Chaque mois, la dette continue donc d’augmenter, tandis que les banques encaissent des profits importants.
Les prêts sur salaire, eux, peuvent dépasser les 400% d’intérêt annuel ! Dans ce contexte, les ménages n’ont souvent d’autre choix que de se tourner vers des solutions comme le BNPL pour rembourser leurs dettes, et l’engrenage continue…
Ces produits ciblent malheureusement en priorité ceux qui n’ont pas accès aux services bancaires classiques : jeunes précaires, travailleurs pauvres, ménages surendettés.
Un système toxique
BNPL, EWA, cartes et prêts rapides reposent tous sur le même mécanisme. Les entreprises transforment la difficulté des ménages en source de profit. Les dettes ne sont pas toujours communiquées dans les bureaux de crédit, ce qui masque encore un peu plus l’ampleur réelle du problème.
Ces acteurs prospèrent sur un endettement invisible et diffus. Ils déplacent le risque sur les individus et, à terme, sur tout le système économique.
Tous les voyants sont au rouge
Les États-Unis envoient aujourd’hui des signaux qui rappellent étrangement l’avant-crise de 2008.
Un immobilier qui craque
Les prêts immobiliers accordés aux ménages modestes par la FHA (Federal Housing Administration) montrent des niveaux de risque alarmants. Aujourd’hui, près de 7 emprunteurs sur 10 ont un ratio dette/revenu trop élevé. En 2012, c’était à peine plus d’un quart. Cela veut dire que beaucoup d’Américains s’endettent au-delà de leurs moyens pour acheter ou garder leur logement.
Pire encore, 1,2 million de prêts sont “gelés” car les familles ne peuvent plus payer. Cela représente 15% de tout le portefeuille de la FHA.
Des ménages à sec
Le niveau d’épargne des Américains s’est effondré à 3,2%. En cas d’imprévu, ils n’ont donc plus les moyens de s’en sortir et doivent utiliser les solutions citées plus haut. Le cercle vicieux continue et aucune solution viable ne semble voir le jour.
En parallèle, les banques ont effacé 50 milliards de dollars de dettes de cartes de crédit en 2024, car elles n’étaient tout simplement plus remboursées.
Les cartes de crédit servent désormais à acheter l’essentiel : faire le plein ou remplir le frigo. C’est le signe que les revenus ne suffisent plus et que le quotidien repose de plus en plus sur des dettes très coûteuses.
Une économie qui s’essouffle
L’industrie américaine est aussi en souffrance. L’indice PMI de Chicago, qui mesure son activité, est tombé à 36,9. Cela marque 13 mois consécutifs de recul, du jamais vu depuis la Grande Récession.
Pendant ce temps, la Bourse continue de grimper. Les grands indices ont triplé, alors que l’économie réelle ralentit. Ce décalage fait penser à une bulle prête à éclater.
Les investisseurs eux-mêmes se préparent à la tempête. L’indice VIX, qui mesure la peur des marchés, montre une forte anticipation de volatilité.
Une crise qui se profile
Pris un par un, ces chiffres inquiètent déjà. Ensemble, ils dessinent un tableau clair : des ménages fragiles, un marché de l’immobilier instable, une économie en panne et des marchés financiers déconnectés.
Tout cela ressemble à une crise en formation. La vraie question n’est donc plus de savoir si elle arrivera, mais quand.
Y a-t-il un risque de contagion mondiale ?
La crise aux États-Unis ne restera pas confinée. Une correction sur le marché américain pourrait se propager instantanément dans le monde entier. En effet, les marchés financiers sont étroitement liés. Une crise américaine affecterait immédiatement les économies européennes et asiatiques.
Une Europe déjà vulnérable
L’Europe n’est pas à l’abri. Les dettes souveraines montrent des signes de fragilité. Par exemple, la France emprunte désormais à des taux plus élevés que l’Espagne ou le Portugal, une première depuis 2008.
Les investisseurs ont de quoi s’inquiéter de la solidité des finances françaises. Comme les marchés sont fortement interconnectés, aucun pays ne peut se protéger totalement contre un choc provenant des États-Unis.
Les signaux inquiétants
Le BNPL et l’EWA se développent rapidement aux États-Unis et commencent aussi à gagner du terrain en France. Le marché français du BNPL est estimé à 12,68 milliards de dollars en 2025, avec une croissance continue prévue pour les années à venir.
Ces dettes restent souvent invisibles dans les rapports financiers et échappent aux tests traditionnels. Les institutions financières ne savent donc pas exactement où se cachent les fragilités.
Comme ces produits suivent différentes règles que les crédits traditionnels, leur opacité augmente considérablement le risque : une vague de pertes pourrait se propager rapidement et toucher directement l’économie française.
Un risque systémique sous-estimé
Le vrai danger, c’est aussi l’effet domino. Une vague de défauts aux États-Unis pourrait fragiliser les banques et les investisseurs du monde entier. Les actifs américains servent de référence pour de nombreux fonds internationaux. Et si leur valeur chute, la perte se transmet à travers les marchés. Le système est tellement interconnecté qu’aucune économie majeure ne peut rester isolée.
Les institutions françaises et européennes pourraient voir leurs coûts d’emprunt augmenter. Forcément, les entreprises qui dépendent de crédits américains subiraient une forte pression.
Les ménages ressentiraient indirectement la hausse des taux et le renchérissement des crédits. Même si la crise commence de l’autre côté de l’Atlantique, ses effets pourraient donc toucher directement la vie quotidienne des Français.
Une bombe à retardement… prête à exploser ?
Aux États-Unis, les ménages fragiles s’endettent sans s’en apercevoir et sans issue de secours. D’autant plus que les nouveaux produits financiers cachent le véritable niveau de risque pour les consommateurs et les institutions.
Les indicateurs économiques montrent une tension croissante : des marchés instables, une volatilité extrême ainsi qu’un décalage entre les actifs financiers et l’économie réelle. Ainsi, les coûts du crédit pour les particuliers et les entreprises pourraient exploser au moindre choc.
Pour limiter les risques, une régulation stricte des nouveaux produits financiers doit être mise en place. Il faut également une transparence totale des dettes et une surveillance rapprochée des ménages les plus vulnérables sont également attendues.
Si rien n’est fait, la situation pourrait devenir dramatique, à l’image de la crise de 2008. Ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la répéter…
Sources:
- https://coinlaw.io/asset-backed-securities-industry-statistics/
- https://or.fr/actualites/annee-2025-demarre-avec-risque-extreme-economie-usa-marches-3476
- https://www.prodigaltech.com/blog/rise-of-auto-loan-delinquencies-and-repossessions-in-2025
- https://www.stlouisfed.org/on-the-economy/2025/may/broad-continuing-rise-delinquent-us-credit-card-debt-revisited
- https://www.cnbc.com/2025/08/05/ny-fed-credit-card-debt-second-quarter-2025.html
- https://www.theguardian.com/business/2025/feb/11/us-credit-card-debt
- https://www.morganstanley.com/insights/articles/buy-now-pay-later-trends-2025
- https://www.nytimes.com/2025/05/30/business/dealbook/buy-now-pay-later-defaults.html
- https://www.wsj.com/opinion/americas-buy-now-pay-later-economy-3dae0902
- https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-09-10/klarna-set-to-trade-after-1-37-billion-ipo-draws-strong-demand
- https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-06-30/dailypay-sells-bonds-tied-to-fees-on-wages-workers-tap-instantly